Présentation de la méthode de travail et des résultats du projet Milkyway@home
Mardi, 16 Juin 2009 00:46
Milky
Depuis son
lancement, le projet Milkyway@home
a permis la publication de 5
articles scientifiques.
Cependant, ces articles sont extrêmement difficile
à
comprendre pour toute personne qui n'a pas de solides
connaissances en informatique et en astrophysique. John Vickers a donc
pris l'initiative de résumer et d'expliquer avec des mots
simples les
résultats et la méthode de travail du projet.
John anticipe également les développements
à venir de la recherche Milkyway@home. Sur le long terme, le
modèle, actuellement utilisé pour
modéliser les interactions entre notre Galaxie et la Galaxie
Naine elliptique du Sagittaire, pourrait permettre la
création de toutes sortes de simulations galactiques et
apporter quelques indices dans la recherche de la matière
noire.
Au début, il
y avait les
étoiles. Puis, il y a eu les gens qui chaque soir levaient
les yeux en direction de la voûte céleste. Ils
remarquèrent que les cieux
étaient un endroit à la fois fascinant et
complexe. Des planètes errent à travers une
mosaïque toujours en mouvement faite de mythologie et de
mysticisme. Le ciel était l'un des plus grands
mystères
de l'antiquité. Mais que veulent bien dire toutes ces
constellations ?
Notre projet commence avec le Sloan
Digital Sky Survey
(SDSS), un ambitieux projet qui a pour objectif de cartographier la
plus grande portion de ciel possible. A ce jour, le SDSS a
cartographié environ 25% du ciel et a enregistré
les
informations relatives à plus de 300 millions
d'objets
célestes.
Voici une représentation (l, b) de la zone du ciel couverte
par
le programme de relevé des objets
célestes (SDSS1 à gauche et SDSS2
à droite) (l et
b correspondent respectivement à la longitude
et à latitude
galactique, l'équateur correspond au plan
galactique).
Mais à quoi peut bien servir ce répertoire de
quelques
millions de points disposés dans un espace en trois
dimensions
autrement qu'à s'attaquer à un imposant
problème ?
Bien sûr, on peut placer tout un tas de points et ainsi
obtenir une
magnifique carte du ciel , mais encore une fois, que signifie cette
image ?
C'est là que les chercheurs astrophysiciens entrent en jeu.
L'un des dossiers brulants de l'astronomie
galactique (l'astronomie qui étudie notre Galaxie,
la Voie lactée) consiste à établir une
cartographie des courants
stellaires.
L'idée directrice consiste à dire que la Voie
lactée se mélange et s'entrelace avec plusieurs
petites galaxies. Cet entremêlement est probablement
dû
à des collisions galactiques qui ont
débuté dans
l'histoire ancienne de notre Galaxie et qui se poursuivent encore
aujourd'hui (cliquez
ici
pour visionner une simulation qui décrit comment une
collision
galactique transforme une galaxie en courant stellaire, simulation de
Kathryn V. Johnston, Université Columbia). Mais ne vous
inquiétez pas, il est très rare que de la
matière
(des étoiles ou des planètes) entre en collision,
le vide
interstellaire est si vaste qu'une collision est hautement improbable.
La Galaxie
Naine du Sagittaire
est l'une des galaxies les plus proches de la nôtre, et c'est
le
centre de toute les attentions pour le projet Milkyway@home.
En général, un problème astrophysique
exige de
créer un modèle informatique qui reproduira ce
que nous
observons dans le ciel. Si le modèle correspond exactement
à ce que nous observons, alors les
informations que le modèle revêle nous permettra
de progresser pour travailler
sur un
problème encore plus grand et complexe. Actuellement,
Milkyway@home sert à modéliser un disque
d'étoiles. Les scientifiques prennent comme
données de
départ un échantillon de 2,5
degrés d'arc (on appelle cela une portion ou une tranche
d'espace
: wedge
ou
stripe). En partant des données de
départ et en supprimant le ou les courants stellaires, le
programme tente de créer un nouvel échantillon
où la densité d'étoiles sera
uniformément répartis dans la portion
(l'échantillon). Les
courants supprimés sont nécessairement de forme
cylindrique et
la densité d'étoiles emportés par ces
courants chute en suivant un modèle
gaussien (dense au milieu et clairsemé sur les bords).
Voici un exemple d'échantillon de dispersion. Le disque en
haut
à droite représente les données de
départ,
il s'agit d'une représentation de la densité
d'étoiles dans la portion d'espace
sélectionnée. Plus la zone est foncée
et
plus la
densité d'étoiles est forte, plus la zone est
claire et
plus la densité d'étoiles est faible. Le disque
du bas
représente le cylindre stellaire supprimé, et le
disque en haut à gauche représente la portion
d'étoiles corrigé et uniforme que nous
recherchons. Ce dernier disque
est
obtenu en supprimant les étoiles
représentées dans
le disque du bas. Pour vous donner une idée, nous (le
système
solaire) sommes situés en plein centre du disque (puisque
l'ensemble de nos
données ont été recueillies sur Terre).
Les courants stellaires masquent 6 paramètres : le poids (%
d'étoiles dans le courant stellaire), mu (l'angle de la
portion, donné par la circonférence des portions
représentées ci-dessus), r (une
longueur donnée par le rayon du cercle), phi (un angle
dans un espace en 3D qui indiquera la direction du cylindre
supprimé), theta (le seconde angle requis) et
sigma (la
largeur). Chaque portion d'espace possède
2 paramètres : q (une mesure de l'épaisseur de la
sphéroïde)
et
r0 (la longueur de l"axe principal passant au centre de la
sphéroïde). Ainsi nous obtenons 2+6n
paramètres pour
chaque série de calcul, n est le nombre de courants
modélisés.
Voici une représentation possible du courant de la
Galaxie Naine du Sagittaire (Vue de haut en bas). Au centre de l'image,
vous pouvez reconnaitre la Voie
Lactée. Notre Soleil est représenté
par le
petit point vert. En bleu sont représentées les
étoiles de la galaxie Naine du Sagittaire que nous
étudions. Ces points sont situés sur le
même axe que le courant de la galaxie Naine du
Sagittaire, alors imaginez que vous regardez une
structure semi-plate située en dessous de vous. Cliquez
ici pour visionner une représentation en trois
dimensions modélisée par David Law de
l'Université de Virginie.
Ce que nous voulons faire, c'est obtenir le plus de points
possibles grâce à BOINC. Nous pouvons utiliser les
paramètres mu et r pour localiser un point dans
l'espace,
et les angles phi et theta pour tracer la direction du courant.
Nous obtenons une image similaire à celle
présentée ci-dessous :
Voici une réprésentation de l'ensemble des points
et des
directions trouvées par Nathan Cole. C'est exactement la
même chose que l'image précédente en
moins artistique.
Voici maintenant la même représentation mais cette
fois ci vue dans un plan que l'on a tourné de 90°
par rapport à la représentation
précédente. Imaginez
maintenant que le graphique précédent
était dessiné sur une
feuille de papier, dans la première
représentation vous regardiez cette feuille par en haut,
maintenant vous inclinez cette feuille jusqu'à ne
voir qu'une simple ligne (vous ne voyez plus la surface de la feuille
mais plus que son épaisseur. Cette ligne (qui
représente un plan) est illustrée par le trait
horizontal au centre du graphique. Ainsi
les deux graphiques permettent de situer les étoiles et les
directions du courant dans un espace en 3 dimensions.
Ainsi, pour chaque série de calcul, nous voulons obtenir
trois bons indicateurs :
Premièrement, le graphique de dispersion devrait donner un
espace plus uniforme. Si l'on note encore la présence
de surdensités, alors nous n'aurons pas une image
précise
des 2 paramètres de la sphéroïde.
Deuxièmement, les vecteurs représentés
dans le
graphique doivent être cohérents, nous voulons que
le
courant stellaire s'écoule comme un flux et non pas qu'il
zigzague dans l'espace comme c'est le cas ici.
Troisièmement, nous voulons que les vecteurs
représentés dans le plan perpendiculaire soient
à
peu près parallèles au plan. Encore une fois nous
voulons
un flux et non pas un slalom.
Nous avons réussi ces défis et c'est l'objet de
la thèse
de Nate.
Alors, qu'allons nous faire maintenant ? Concrètement,
à
ce stade, nous voulons améliorer la précision et
l'exactitude de nos
résultats. Pour ce faire, nous avons pompé toutes
les
données du SDSS et nous avons extrait et
réassemblé des portions (échantillons
de données) perpendiculaires au courant stellaire.
L'idée
générale est que les échantillons
perpendiculaires
seront plus faciles à déchiffrer que les
échantillons de
travers par rapport au courant stellaire. Ainsi nos erreurs de mesure
seront réduites
et la fiabilité des résultats sera plus grande.
J'ai commencé
une série de calcul sur BOINC en utilisant cette nouvelle
géométrie spatiale (tous les calculs
récents notés
*_sgr_*) . Je travaille avec ces données depuis
l'été dernier sur les 88 processeurs de la grille
WCL ici
à l'Institut Polytechnique Rensselaer. Pour vous donner une
référence, j'ai calculé un groupe de
calcul en une
semaine sur la grille de calcul de l'institut. Maintenant, on
reçoit 5 groupes de calcul par jour sur BOINC, c'est
fantastique.
Voici un schéma qui illustre l'idée. La ligne
bleue
représente le courant en question et les lignes noires
représentent les portions (échantillons)
sélectionnées dans les
données. A gauche, c'est les portions du SDSS, et
à
droite le schéma représente les portions que nous
utilisons pour la série de calcul SGR perpendiculaire
(perpendicular SGR stripes)
Voici une juxtaposition de l'une des tranches de Nate (à
gauche,
tranche 13 du SDSS) et l'une des miennes (à droite, tranche
35
sgr) dans la même zone d'un espace en trois dimensions. Notez
comme le courant s'étend presque sur toute la longueur de la
tranche puisque la portion de données est de travers (pas
perpendiculaire) par
rapport au courant. Alors que le mien est beau et compact. Ceci
explique les petites erreurs dans les résultats
annoncés.
Donc, notre objectif est maintenant de cartographier de nouveau
l'ensemble du courant de sorte qu'il soit aussi cohérent
tout en
étant plus précis que dans les
résultats de Nate.
Ensuite (en étant optimiste, dans environ deux mois),
j'essayerai
de
cartographier tous les autres courants stellaires que nous
réussirons à trouver dans les données
pour les effacer de la même manière. Puis, mon
camarade de
classe, Matt Newby, pourra mettre en route son projet qui consiste
à modéliser les deux paramètres de la
sphéroïde sur
l'ensemble du ciel (calculer simultanément 30
portions/échantillons sur BOINC en recherchant 0 courant
stellaire).
Ces recherches sont deux vastes thèmes de recherche de
l'astrophysique
moderne. Tout d'abord, la localisation et la direction du courant
d'étoiles du Sagittaire est encore discuté.
Certaines
personnes (Nate en fait partie) pensent que le courant tourne vers
nous. D'autres pensent que le courant entre en collision
au dessus du Soleil. Le sphéroïde a besoin
d'être plus fidèlement
modélisé. Notre
modèle pourrait permettre de faciliter la
création des
simulations galactiques, car il y aurait moins de variables inconnues
dans ces simulations. Cette recherche pourrait également
fournir
de précieux indices dans la quête de la
matière noire.
Cette
simulation tente de montrer comment, sous l'influence des forces
de marée de la galaxie principale, une collision galactique
transforme
une petite galaxie elliptique en courant stellaire.
Simulation de Kathryn V. Johnston, Université Columbia.
Représentation
en trois dimensions des étoiles de la Galaxie Naine du
Sagittaire dispersées sous l'influence des forces de
marée de notre Galaxie. Modélisation de David Law (Université de
Virginie).
Légende : En orange (jaune et
rouge) : les étoiles de la Galaxie Naine du Sagittaire. En bleu : notre Galaxie,
la voie lactée. Le gros point rouge,
représente le centre de notre Galaxie abritant un trou noir
supermassif. Le
gros point jaune (accroché à l'un des bras de la
Galaxie bleue)
représente notre Soleil qui a été
volontairement grossi pour pouvoir le
situer facilement.